Nous pouvons avoir tendance à l’oublier, mais nous sommes tous le personnage principal de notre vie, et même son héros. Un héros parfois courageux, parfois désœuvré, parfois comique, parfois perdu. Bref, un héros commun, mais un héros quand même. Et comme dans un jeu vidéo, c’est nous qui tenons les manettes et décidons de la direction que va prendre notre héros. Nous ne savons pas par avance les épreuves que nous allons vivre, nous n’avons pas la main sur tous les autres personnages et événements qui vont venir jalonner la vie de notre héros, mais nous avons toujours la manette en main pour décider de la suite que nous donnerons à notre parcours.

Cela peut être, pour certains, contrariants d’être ainsi repositionné comme le héros ayant le libre choix d’agir et de réagir. En effet, lorsqu’on admet que c’est nous qui avons totalement les manettes, ça nous donne moins la possibilité de se positionner en tant que figurant, simple spectateur ou pire victime de ce qui se passe autour de nous et pour nous… Mais si on regarde cela positivement, ça nous permet aussi et surtout de pouvoir construire notre futur de façon à ce qu’il ressemble le plus à ce dont nous avons envie. C’est l’une des clés pour évaluer sa qualité de vie: se sentir libre de penser et d’agir ; se sentir acteur et ne pas subir.

Une 2ème clé importante dans la mesure de notre bonheur est de se sentir au bon endroit. Un endroit où l’on peut être pleinement qui nous sommes, où l’on peut continuer à développer notre potentiel et où l’on peut aussi se sentir utile.

Ces besoins, nous les ressentons tous. Et nous nous posons alors tous les questions qui vont avec. Pas toujours à la même période de notre vie, pas toujours avec la même intensité, et pas toujours avec la même réponse. Mais nous nous les posons tous. Pourtant, ces interrogations sont souvent perçues de manière assez négative (ex: « tu fais ta crise de la quarantaine »). Ce regard de la société et de nos proches pourrait nous faire croire à quelque chose d’anormal chez nous, à des insatisfactions injustifiées, alors qu’au regard des autres, nous avons tout pour être heureux. Ces discours alimentent une culpabilité déjà importante chez ceux qui sont en plein remous intérieurs à naviguer entre 2 flots : Est-ce que je reste dans la situation actuelle dans laquelle je ne m’épanouis plus autant mais qui est le fruit d’années de labeur et qui me permet de jouir aujourd’hui d’une certaine sécurité et stabilité ? Ou est- ce que je suis prêt à renoncer à certaines choses pour être plus aligné avec moi-même ?

Classiquement, on parle de rester ou de sortir de sa zone de confort ; Pour le héros de notre jeu de vie : est-ce que je reste dans mon village ? ou est-ce que je pars à l’aventure explorer des terres inconnues ?


Mais qu’est-ce qui fait, qu’un jour, nous vient cette idée de sortir du confort de notre village ?

C’est ce qu’on appelle l’appel ! Cette petite voix qui nous chuchote des idées folles, des rêves dont on ose à peine parler tellement ça parait fou, risqué et éloigné de notre vie actuelle. Cet appel est particulièrement ressenti sur les questions professionnelles : souvent, après des années à avoir construit une carrière, à avoir obtenu les postes, une rémunération et/ou une reconnaissance que l’on attendait depuis si longtemps, voilà qu’un appel nous donnerait envie de nous reconvertir dans quelque chose de complètement différent, moins reconnu socialement, plus risqué et/ou moins rémunérateur. Si ça, ce n’est pas une idée folle !

Résultat, on ne répond souvent pas à l’appel immédiatement. Ce sont d’autres voix qui l’emportent. Ces petites voix rabat-joie qui viennent étouffer dans l’œuf toute envie de donner suite à l’appel. « c’est de la folie », « tu rêves », « mais de quoi te plains-tu ? », « Es-tu vraiment prêt à prendre le risque de perdre ce que tu as pour quelque chose d’aussi hypothétique ? » etc… 

1-0 pour les voix rabat-joie….

Mais l’appel ne s’avoue pas vaincu. Il revient quelques années, mois, semaines plus tard. Et les voix rabat-joie toujours plus nombreuses le mettent KO une 2ème fois.

2-0 pour les voix rabat-joie…

Et ainsi de suite. Cela peut durer des années. Mais plus le temps passe, plus l’appel se fait fort et plus les voix rabat-joie ont du mal à remporter la manche. Jusqu’au jour où l’appel prend le dessus et gagne.
Notre héros a alors pris sa décision. Il va suivre l’appel. Mais alors que cette décision a déjà provoqué en lui beaucoup de tourments, il sait que ce n’est que le début. Il vient seulement de faire le premier pas.

Il est donc temps désormais de se préparer au voyage qui l’attend. Pour le moment, notre héros est toujours au village. Il réfléchie à ses bagages, à ce qu’il peut emporter avec lui, à ce qu’il doit laisser derrière lui et à ce dont il aurait besoin en plus. Dans le cas de notre héros écoutant son appel à de nouvelles aspirations professionnelles, il va essayer de clarifier son projet, de faire l’inventaire de ses compétences et de ses appétences. Il pourra aussi décider de ne pas faire ce voyage totalement seul, en sollicitant une aide extérieure, comme un bilan de compétences, un coach, ou bien simplement un ami qui a lui-même déjà vécu cette expérience.

C’est lorsque ces démarches commencent à se réaliser que notre héros sort de son quotidien, de son village. Le voilà désormais en terres inconnues. Il a passé un nouveau seuil. C’est une étape importante. Nous l’avons tous vécu, lorsque nous nous retrouvons dans des pays que nous ne connaissons pas, nous sommes davantage ouverts à faire des choses que nous n’aurions jamais faites auparavant. Combien d’entre nous ont dormi dans des endroits où ils n’auraient jamais dormi en France. Ou tester des plats typiques et des coutumes locales auxquels jamais il ne se serait plié dans son environnement classique. Et bien lorsque notre héros sort de son village, il va à la rencontre d’autres mondes qui lui permettent petit à petit de remettre en question certaines habitudes et certaines certitudes. Il commence ainsi à élargir sa vision du monde et sa vision de lui-même.

Mais les terres inconnues sont aussi effrayantes. De nombreuses épreuves vont jalonner le voyage de notre héros. Bien sûr les voix rabat-joie profitent de ces instants de difficultés pour se faire davantage entendre « tu vois, je te l’avais bien dit », « mais dans quoi est-ce que tu t’es lancé ? ». Même si c’est difficile, notre héros ne rebrousse pas chemin. Il sait que s’il renonce, il devra tôt ou tard reprendre son périple. Alors il avance et accepte les épreuves. C’est dans ces moments là où il apprécie particulièrement de ne pas être totalement seul. Grâce au coach, consultant ou ami sur lequel il s’appuie, mais aussi toutes les personnes qu’il aura déjà rencontré depuis son départ, il prend confiance et apprend à traverser étape par étape les différents obstacles qui se présentent tout au long de son parcours. Il comprend aussi et surtout qu’il est lui-même son meilleur allié, comme son pire ennemi. Il accepte donc de se confronter à ses peurs pour ressortir plus fort de ces épreuves.

Il se découvre alors de nouvelles ressources. Il voit bien qu’il est capable d’affronter tout cela. Il perçoit le chemin parcouru et la richesse qu’il en retire déjà, même s’il n’a pas encore atteint son but. Cela le rassure et lui donne confiance en son avenir et en sa capacité à tirer profit de toutes les situations futures qu’il pourra rencontrer.

Et c’est en général à ce moment précis, lorsque toujours guidé par sa petite voix et fort des épreuves et transformations vécues que les nuages disparaissent et que le graal tant recherché apparait. Notre héros achève ainsi son voyage. Et il comprend qu’il ne repart pas uniquement heureux du but atteint, mais riche de ce que ce voyage lui a appris sur le monde qui l’entoure et sur lui-même.

Il est alors temps pour notre héros de rentrer chez lui. Fier du voyage réalisé, il peut maintenant plus clairement expliquer son cheminement à ses proches. Et la force acquise lors de ce voyage lui permet d’être moins dépendant du regard que poseront les autres sur ce qu’il raconte. Il sait qu’il fait le bon choix. Il se fait confiance et prend le recul nécessaire face à ceux qui s’expriment au travers de leurs propres voix rabat-joie.  

Ce processus a été décrit par Joseph Campbell dans son livre Le Héros aux mille et un visages. L’auteur explique que tous les héros de nos mythes et contes passent par 8 étapes communes.

Mais finalement, nous vivons tous aussi au cours de notre vie, un ou plusieurs voyages du héros.
Ces voyages vont plus loin qu’un simple changement. Ils génèrent des transitions. Alors que les changements sont essentiellement externes (changer d’entreprise, de métier, de ville, de conjoint…), les transitions sont avant tout internes. Ces dernières provoquent des réajustements profonds dans l’être dans notre héros.

On parle régulièrement de notre réticence au changement. Mais la réticence à la transition est encore plus forte. Lorsqu’on se retrouve au pied du mur et que l’on sait que le changement va être irrémédiable, on peut avoir tendance à se précipiter dans le changement pour éviter les profonds bouleversements d’une transition. On n’écoute alors à demi-mot l’appel. Mais tant que celui-ci n’est pas entendu totalement, il reviendra. Les conséquences peuvent être une accumulation de changements, une impression de fuite en avant et une insatisfaction constante. En fait, c’est simplement parce qu’on n’a pas réellement répondu à son appel. Ce n’est alors pas d’un énième changement dont on a besoin, mais d’une réelle transition. 

Le choix de partir en voyage et de le vivre pleinement n’est jamais facile. Ce qu’il me semble important de retenir, c’est que :

1/ C’est un processus normal: encore une fois, nous recevons tous ce type d’appels. Ne culpabilisez pas de l’entendre et de vous sentir bousculé par les questions qu’il suscite. Ce qui sera différent d’une personne à une autre, ce sont les réponses qui seront données à cet appel : certains y répondront rapidement, d’autres mettront du temps. D’autres encore tenteront d’esquiver par maintes changements successifs avant de réaliser que c’est par une transition qu’ils doivent passer, et d’autres enfin n’y répondront jamais, au prix sans doute d’un petit goût d’inachevé. 

2/ ça n’amène pas à une évolution au sens classique du terme. On aimerait nous faire croire à des parcours de vie en progression constante, mais ce n’est pas la réalité. C’est ce qui parait logique tant qu’on accorde une grande valeur à la réussite financière et au prestige professionnel. Mais quand vient la question du « pourquoi » la valeur accordée à son statut et ses finances est remise en question au profit d’autres choses (famille, épanouissement personnel et social…). Et l’appel est en général fondé sur cette question du « pourquoi ». Il est donc assez naturel que l’écoute de l’appel génère une évolution différente de celle vécue jusqu’à présent. 

3/ Ce n’est pas un voyage de tout repos. Il nécessite d’abord de clore un chapitre. Avant que ce soit un renouveau, c’est une fin, avec le processus de deuil qui va avec. Il faut, en effet, renoncer au confort de son village. Et avant le renouveau, il y a toute une période trouble, où on navigue à vue et souvent seul. Choisir d’être accompagné peut aider à mieux vivre cette solitude et ces incertitudes, mais vous ne pourrez pas y échapper. Et si vous attendez d’avoir toutes les réponses, de peaufiner dans les moindres détails votre voyage pour éliminer tous les imprévus possibles au cours de votre parcours, il y a de très fortes chances pour que vous n’arriviez jamais à prendre le départ. Et si vous y parvenez quand même, vous risquez d’avoir tellement la tête dans la feuille de route que vous en oublierez de regarder le paysage et de profiter de toutes les opportunités que l’inconnu a à offrir. Car oui, l’inconnu, ça n’est pas que du risque ; c’est aussi des opportunités…

4/ C’est le chemin qui est riche, plus que la destination. On pourrait avoir envie de foncer tête baissée le plus vite possible pour arriver au but. Mais c’est finalement le risque de voir cette destination reculer à mesure qu’on tente d’accélérer les choses. Ou de devoir à nouveau répondre à un appel dans quelques années car le voyage n’aura pas été assez intérieur pour générer une réelle transition… 

Le voyage du héros est effectivement avant tout un voyage dans les profondeurs de soi, au contact de ses peurs, de ses ombres. Une quête personnelle qui initie le nouveau. En ça, le coaching est aussi un voyage du héros. Un voyage qu’on ne fera ainsi pas totalement seul, et qui facilitera le passage à la transition dont notre héros a besoin.

Quelle que soit l’étendue du voyage que votre héros entreprendra et les moyens qu’il utilisera, n’oubliez pas que c’est toujours vous qui avez les manettes. 

Alors, prêt à entamer une nouvelle partie ?

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