Si l’on prend de plus en plus conscience que les ressources disponibles sur terre ne sont pas inépuisables, on a encore tendance à croire qu’il n’en est pas de même pour l’être humain…
Ainsi plusieurs milliardaires et multinationales investiraient dans la quête de l’immortalité et de la jeunesse éternelle… Mais sans aller jusque-là, nos modes de vie à cent à l’heure, dans le toujours plus loin et plus vite, nous amènent à adopter des comportements bien éloignés de ce qui est bon pour nous ; stratégie tentante à court terme, mais désastreuse sur le moyen et long terme.

Alors, si on arrêtait aussi de cramer nos propres ressources internes ? Si on arrêtait de se voir comme une machine dont on pourrait indéfiniment repousser les limites ? Si on commençait à se préoccuper aussi de notre écologie personnelle ?

Et pour prendre soin de son écologie personnelle, cela demande de bien se connaitre, de respecter sa nature et l’équilibre de notre propre système, à travers notamment notre corps, notre cœur et notre tête.

Notre corps

Notre corps nous parle. Si si je vous assure. D’ailleurs le mot maladie vient de « Le mal à dit… ». Notre corps nous donne ainsi des informations essentielles à notre bonne santé, qui est le premier indicateur du respect ou non de notre écologie personnelle.
Mais encore faut-il savoir écouter ce corps et décoder ses messages…

Une des difficultés que nous rencontrons pour faire cela est la perte de repère :

– Abreuvés d’informations nous indiquant des « normes », nous en oublions notre bon sens et nous éloignons de notre chronobiologie propre.
– Convaincus que notre tête gouverne le reste du corps, nous pensons que tout est une question de mental, de volonté, ou d’intelligence. Ecouter son corps semble alors réservé aux originaux ou aux geignards qui s’arrêteraient de faire quoi que ce soit dès qu’un petit symptôme apparaitrait… Entre un extrême et l’autre, il y a, sans aucun doute, un juste milieu que nous oublions trop souvent.
– Noyés par une logique de productivité et d’optimisation, nous ne voyons notre corps que comme une machine sur laquelle nous avons le pouvoir de décider comment celle-ci doit fonctionner, quelles nouvelles prouesses elle doit être capable de réaliser, ou encore quelle forme elle doit avoir. C’est dangereusement inverser le sens des choses…

Quelques basiques fondamentaux à se rappeler pour prendre soin de son corps 

1. Le sommeil
Elimination de toxines, production d’hormones, stimulation des défenses immunitaires, sollicitation des mécanismes d’apprentissage et de mémorisation… Le sommeil est essentiel à notre bon fonctionnement et donc à notre santé. Il impacte directement notre équilibre mental, nos performances physiques et nos capacités intellectuelles.
Pourtant combien d’entre nous préfèrent rogner sur ces fonctions essentielles pour rallonger ses journées ? En moyenne, une nuit de qualité serait de 7,5H. Mais cela reste propre à chacun et certains auront besoin de moins et d’autres de plus. L’important n’est donc pas de se caler à la norme, mais de s’écouter et respecter au mieux son rythme biologique.

2. L’ingestion (eau et nourriture)
Lorsque l’on sait faire taire le mental (« tu devrais manger ceci », « il ne faut pas manger cela » …) et maitriser les émotions (car celles-ci peuvent nous couper l’appétit comme nous amener à nous ruer sur la nourriture) et bien l’on découvre que notre corps nous indique quand il a réellement faim et de quoi il a besoin.
Comme pour le sommeil, nous ne sommes pas égo dans nos besoins. Les conseils et normes sont encore une fois à prendre avec recul. Le mieux est d’écouter son corps.
On ne doit pas non plus faire le choix de manger ou non et dans quelle quantité en fonction d’un poids visé. Si l’on écoute réellement son corps et ses besoins alors la régulation se fera parfaitement. Cela ne veut pas dire qu’on atteindra son poids idéal. Cela signifie qu’on atteindra son poids « naturel ». Comme chaque plante a des besoins spécifiques en nutriments, eau, luminosité, chaque Homme a des besoins particuliers. Et ce n’est pas parce qu’on veut ressembler à la plante d’à côté, qu’on y parviendra en adoptant son régime…

3. Dépense énergétique
Notre corps est fait pour bouger. Comme pour le reste, tout est une question d’équilibre et d’écoute de soi. Si la sédentarité est dangereuse pour notre santé, le sport pratiqué à l’extrême n’est également pas écologique pour notre corps. Dans ces deux cas, divers maux se manifesteront.
Une activité physique régulière et raisonnable doit nous permettre d’entretenir notre corps, et notamment notre force musculaire, notre souplesse, notre équilibre, notre endurance et nos articulations.

4. Respiration
C’est notre premier besoin et pourtant celui dont on se préoccupe le moins parce que cela se fait tout seul, sans qu’on ait besoin d’y réfléchir et d’y consacrer un temps particulier dans notre journée. Enfin, sauf pour la communauté de plus en plus nombreuses des adeptes de la méditation. Lorsque l’on porte notre attention sur notre respiration, nous obtenons des inspirations et des expirations de bien meilleures qualités. 

La respiration devient ventrale et permet de réellement faire le plein et le vide dans nos poumons. Les études montrent que cette respiration en conscience permet de diminuer le stress et l’anxiété, favorise l’attention et la mémoire, diminue les risques cardio-vasculaires, permet de réduire la douleur… L’oxygénation est au cœur de nos processus vitaux, et pourtant combien de temps par jour sommes-nous pratiquement en apnée, rongés comme nous sommes par d’autres préoccupations qui nous semblent bien plus vitales que de simplement respirer pleinement?

Notre coeur

Les émotions sont des marqueurs de ce qui compte pour nous et nous invitent à nous mettre en action. Le mot émotion vient d’ailleurs du latin movere qui signifie mouvement. L’idée est de nous faire réagir.
Ce n’est donc absolument pas écologique de ne pas écouter ses émotions et de vouloir les faire taire… Non seulement on se prive d’informations précieuses (notamment dans la compréhension de nos besoins), mais en plus, cette non écoute a des conséquences sur notre corps, sur notre tête et dans nos relations aux autres.
Qu’on le veuille ou non, et même si on se croit très fort et capable de dominer ses émotions, je vous assure que c’est elles qui nous dominent. Et autant on peut agir en toute intelligence avec elles lorsqu’on s’en préoccupe, autant leur domination peut nous nuire si on tente de les ignorer.

Connaissez-vous les émotions élastiques ? Ce sont toutes ces émotions que l’on ne veut pas écouter sur le moment et qui ressortent à notre insu, souvent en dehors de leur contexte initial et de façon disproportionnée. C’est l’effet cocotte-minute ou bombe à retardement…
Rien de très écologique dans ce cas, notamment dans notre relation aux autres.
Or l’Homme étant avant tout un animal social. Il est donc fondamental pour notre équilibre de cultiver de bonnes relations avec les autres. Et être à l’écoute de ses émotions est une clé indispensable pour cela.

Le corps pâtit aussi énormément de notre croyance en l’inutilité, voire la mièvrerie de nos émotions.

Le ventre étant notre 2ème cerveau et l’épicentre de nos émotions, nous nous retrouvons vite avec « l’estomac noué », de la difficulté à « digèrer ce qui s’est passé » ou envahit par un sentiment fort qui « vient des tripes » etc… Mais les manifestations de nos émotions refoulées vont bien au-delà du ventre… Encore une fois, le signe d’une écologie personnelle mise à mal.

 

Notre tête

Même si nous sommes encore loin d’avoir tout découvert sur le fonctionnement de notre cerveau, nous sommes bien conscients de sa puissance. Mais de là à aller jusqu’à la suprématie de notre tête sur notre corps et nos émotions, il n’y a qu’un pas, que l’on franchit aisément et qui nous pousse à des comportements très éloignés de notre écologie personnelle.

Parlons tout d’abord d’intelligence. Traditionnellement, ce sont les intelligences logico-mathématiques et verbalo-linguistiques qui sont reconnues et valorisées dans nos sociétés. Mais nous avons d’autres intelligences à exploiter. Howard Gardner a ainsi théorisé l’existence des intelligences multiples. Nous les possédons toutes, mais nous en développons particulièrement 3 ou 4. Être écologique avec sa tête, c’est encore une fois respecter sa nature et favoriser ainsi l’utilisation de toutes ses potentialités et forces qui nous sont propres. Hélas, lorsque l’on s’arc-boute sur une forme d’intelligence qui n’est pas une prédisposition chez nous, ça nous amène à des difficultés voire des échecs, et donc à une estime de soi en berne. Sans compter qu’on ignore qu’à côté de cela, on a d’autres types d’intelligence qui nous permettraient de réussir et donc de s’épanouir. Comme à chaque fois, si la « norme » peut avoir la vertu de nous donner des références, elle a terriblement tendance à nous éloigner de ce que nous sommes profondément…

Mais quels que soient nos types d’intelligences, personne n’est aujourd’hui en mesure de faire face à la multiplicité des sollicitations et des informations que nous recevons chaque jour. Aujourd’hui un Homme accèderait à plus d’information en une semaine qu’un Homme tout au long de sa vie au 19ème siècle! Quand on parle infobésité, c’est une réalité… Et le constat est alarmant pour notre tête. Rien d’écologique dans cela. Comme on fait le tri avec nos déchets, il est essentiel pour notre santé mentale de s’autodiscipliner et de faire le tri entre toutes les informations auxquelles nous pouvons avoir accès.

Dans la même lignée de ce que nous faisons subir à notre cerveau, ce n’est absolument écologique pour lui de travailler pendant de très longues séquences. Notre cerveau, comme notre corps, a besoin de pauses régulières. On parle ainsi de la règle des 52/17 : une séquence de travail avec une concentration optimum de 52 minutes, suivie de 17 minutes de repos, permettrait d’être productif tout au long de la journée.

A l’inverse, être sans cesse interrompu ou zapper soi-même d’une tâche à une autre n’est pas écologique non plus pour notre cerveau. Et hélas, nous avons multiplié ce type de comportements ces dernières années. Dans notre monde de l’hyperconnexion et de l’immédiateté, nous réduisons drastiquement nos capacités d’attention et soumettons sans cesse notre cerveau aux risques de surchauffe. Et quand les périodes de refroidissement ne suffisent plus à compenser les périodes de surchauffe, la seule solution pour notre cerveau est de faire sauter les plombs…

On prend alors conscience à quel point nos modes de vie et nos organisations au travail sont loin d’être « green » pour nous. Alors, quitte à vouloir pousser les limites de nos performances cognitives, autant le faire en harmonie avec votre cerveau…. 

Mais aussi puissant soit il, notre cerveau a aussi ses limites.

Par exemple, notre cerveau aime faire des raccourcis. C’est ce qui lui permet de fonctionner de manière optimale. En effet, s’il ne représente qu’environ 2% du poids du corps, il consomme 20% de notre énergie. Donc tout ce qu’il peut faire de manière automatique, il le fera. Cela lui permettra d’économiser des ressources précieuses dont il aura besoin pour des situations plus complexes. Dès que nous sommes donc confrontés à un stimulus connu, notre cerveau va envoyer une réponse automatique. Jusque-là, même si ça ne nous amène pas toujours à réagir de la meilleure manière, ça reste écologique pour lui. Là où ça devient trompeur, c’est que ces reflexes nous plongent dans de nombreuses routines, et ça, c’est très mauvais pour notre cerveau. Il a en effet besoin de stimulations. La curiosité et l’apprentissage sont essentiels à son bon fonctionnement et à notre épanouissement. Encore une fois, tout est une question d’équilibre.

Autre grand piège de notre cerveau, il ne nous amène pas naturellement à être connecté à l’instant présent. Celui-ci préfère soit anticiper l’avenir, soit repenser au passé. On a tous connu des périodes où nous étions en boucle à ruminer le passé ou en stress à l’idée d’une difficulté potentielle à venir. Et dans ce cas, ce n’est ni écologique pour notre tête qui tourne à vide, ni pour notre cœur qui ressent toutes ces émotions négatives, ni pour notre corps qui somatise. Serge Marquis parle de hamster qui tourne dans nos têtes. Notre défi est de savoir stopper ce hamster. Défi d’autant plus difficile que notre hamster se nourrit d’une tendance naturelle chez nous à voir le négatif plutôt que le positif. 

Notre instinct de survie, bien ancré dans notre cerveau reptilien, nous pousse en effet à voir avant tout ce qui pourrait être une menace pour nous. Si cela nous a permis de survivre en milieux hostiles, aujourd’hui ce biais nous rend assez pessimistes envers le monde, les autres et aussi nous-même. Ainsi, 80% de nos pensées seraient négatives et 95% de nos pensées d’aujourd’hui sont les mêmes que la veille… La psychologie positive nous invite à adopter un état d’esprit plus écologique pour nous. Mais par pour autant naïf… Le but n’est pas d’ignorer le négatif ou les difficultés, mais de voir aussi le positif, et de se concentrer avant tout sur ce sur quoi nous pouvons agir.

Force est de constater que nous sommes majoritairement très loin de prendre soin de notre écologie personnelle. Et pourtant, comment espérer que l’on sache prendre soin de la planète et de l’ensemble des vivants si nous ne savons déjà pas le faire avec nous-même? J’espère que cet article vous aura permis de faire un premier pas: celui de la prise de conscience de la nocivité de certains de nos comportements envers nous-même. L’étape suivante est de se mettre en route vers des comportements plus écologiques pour nous. Je vous conseille cependant d’y aller petit à petit. Car être trop ambitieux, c’est prendre le risque de ne pas y parvenir, de culpabiliser et finalement de renoncer totalement. Il vaut mieux adopter la méthode des petits pas pour ancrer progressivement de nouveaux comportements dans vos modes de vie.

Alors que seriez-vous prêt à faire dès aujourd’hui pour démarrer votre transition énergétique ?

Prenez soin de vous
Marion OUDOT

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