Savez-vous combien de temps dure en moyenne un feu rouge ? Et le temps moyen d’attente d’un ascenseur ? Moins de 60 secondes. Et pourtant dans ces 2 cas de figure, combien de fois avons-nous pu souffler d’exaspération, accélérer au feu orange pour éviter cette attente insupportable ou appuyer frénétiquement sur le bouton de l’ascenseur au cas où ça le ferait arriver plus vite… Et si vraiment nous sommes contraints de laisser s’écouler ces 60 secondes, alors, il est fort à parier qu’on s’emparera immédiatement de notre smartphone préféré, histoire d’optimiser autant que possible, ce précieux temps perdu à attendre…

L’arrivée des nouvelles technologies a profondément bouleversé notre rapport au temps. On ne supporte plus d’attendre. Nous sommes dans une ère de l’immédiateté et de l’action continue. Que mon propos ne soit pas mal interprété, je ne souhaite absolument pas un retour en arrière car bien sûr, les nouvelles technologies ont apporté énormément de choses positives. Mais l’utilisation excessive que nous en faisons a profondément modifié nos rythmes de vie, ce qui n’est pas sans conséquences. Ce nouveau rapport au temps a, par exemple, pour effet de : 

– nous rendre impatients et moins enclin à l’effort, qui lui par définition nécessite du temps : on ne supporte donc plus d’attendre au feu rouge. Les nouvelles générations qui sont pratiquement nées avec un smartphone dans la main et qui ont l’habitude de scroller un écran pour obtenir ce qu’elles veulent, ne supportent même plus, pour certains, le temps et l’effort que demande simplement le geste de faire un lacet. Ils préfèrent les scratchs ! Mais ces effets ne concernent pas uniquement les jeunes générations. Nous sommes aujourd’hui tous concernés et notamment dans le monde de l’entreprise. Combien de fois sommes-nous soumis à l’injonction paradoxale d’obtenir des résultats rapides, alors même que l’action ou le projet nécessite des efforts conséquents… 

modifier nos rapports aux autres puisque notre impatience n’est pas seulement envers nous-même ou envers les objets qui nous entourent mais aussi envers les autres. Au travail, comme à la maison, les tensions émergent souvent d’un rapport au temps différents entre les individus. Il suffit de regarder le comportement des gens dans une file d’attente lorsque la personne au guichet ou à la caisse « prend son temps » (ou simplement son juste temps) pour compter ses pièces de monnaie…

nous couper du présent et de la vie. C’est comme si, nous étions enfermés dans une petite roue d’hamster, à courir à toute vitesse, en oubliant qu’à la fin, nous allons tous au même endroit et que le sens de la vie n’est donc peut-être pas de courir le plus vite possible dans sa roue, mais de savoir ralentir voire s’arrêter pour profiter du paysage…

Serge Marquis rapporte ainsi qu’un aumônier québécois aurait dit : « Si Jésus Christ revenait aujourd’hui, ce n’est pas les paralytiques qu’il ferait marcher, mais ceux qui courent ». Je ne sais pas si cette anecdote est réelle, mais je la trouve très parlante. Nos rythmes de vie n’ont jamais été aussi élevés, nous n’avons jamais eu autant accès à des technologies qui nous permettent d’obtenir toujours plus de choses rapidement, et pourtant, nous n’avons jamais autant souffert de manquer de temps. Nous cherchons alors à accélerer encore plus pour récupérer du temps. Mais cette logique ne semble pas porter ces fruits. Dans ce cas, aussi paradoxal que cela puisse paraitre, la solution se trouve souvent à l’opposé de ce que l’on a jusque là entrepris, c’est à dire décelérer. 

C’est la tendance actuelle au « slow life » qui nous invite ainsi à ralentir et reprendre possession de notre quotidien et donc de notre temps. Et pour faire baisser la cadence, la déconnexion numérique est indispensable, ainsi que quelques pratiques comme le Yoga, la sophrologie ou encore la méditation.

Mais s’accorder cette pause reste encore pour beaucoup de l’ordre de l’impossible…

« un homme d’affaire demande à un moine bouddhiste combien de temps il doit méditer par jour pour atteindre la sérénité. Le moine lui répond :
– Une heure
L’autre réagit au quart de tour
– Ce n’est pas possible mes journées sont trop remplies
– Ah, répond le moine, dans votre cas, il faut méditer 2H
(source : petit traité d’écologie personnelle d’Anthony Priou)

Mais alors, pourquoi est-ce si nécessaire aujourd’hui de ralentir voire de s’arrêter de temps en temps ?

1/ Pour notre santé physique et mentale

Il y a quelques dizaines d’années, le stress était pratiquement inconnu.
Aujourd’hui, il a explosé et l’une des raisons principales est l’accélération de nos rythmes de vie. Les agendas professionnels mais aussi personnels sont surbookés, et cela commence dès le plus jeune âge avec des enfants qui courent d’une activité à une autre dès que l’école est terminée. Ces activités sont géniales sur plein d’aspects, mais elles laissent de moins en moins de temps libres aux enfants. Aujourd’hui ces temps libres sont majoritairement dévalorisés. On estime que ce sont des temps morts ou du temps perdu ; Pourtant, ce n’est pas, parce qu’en apparence, on ne fait rien, qu’il ne se passe rien… C’est pendant ces temps libres que l’on se ressource, que notre esprit peut vagabonder, penser, créer, rêver, imaginer… Or, aujourd’hui, nos journées sont tellement remplies qu’on ne s’accorde plus ces temps de réflexion, de rêverie et de créativité. Pourtant, nous savons bien qu’ils sont indispensables pour trouver des solutions, sortir de nos automatismes, développer de nouvelles idées ou pour simplement revenir avec une nouvelle énergie. Hélas nous allons même encore plus loin dans notre réduction de temps off, puisque nous rognons de plus en plus sur notre sommeil, comme s’il s’agissait de quelque chose d’accessoire… L’impact sur notre santé est désastreux! voir l’article prendre soin de son écologie personnelle
Il serait donc temps de revaloriser les temps de pause, et d’arrêter de croire qu’il s’agit de temps perdu…
Et pour réussir à s’octroyer ces moments de pause, il faut savoir renoncer à la multitude de sollicitations que nous recevons. Apprenons à renoncer, à dire non à la suractivité et surinformation qu’on nous impose, mais qu’on s’impose aussi à nous-même. D’après Anthony Priou dans son « petit traité d’écologie personnelle », un citoyen aujourd’hui peut accéder à plus d’informations en 1 semaine qu’un citoyen au 19ème siècle au cours de toute sa vie ! Sauf que nous avons toujours 2 yeux, 2 oreilles et un cerveau pour traiter cette information. Bienvenue dans l’ère de l’infobésité ! Face à cela, nous n’avons pas d’autre choix que d’apprendre à faire des choix. Et contrairement à ce que la société pourrait nous faire penser, renoncer à des choses n’est pas le signe d’une fainéantise et d’un je m’en foutisme, mais le signe d’une bonne santé mentale et de l’acception de notre humanitude, c’est-à-dire des limites de l’être humain…

2/ Pour profiter de notre vie

La course dans notre roue d’hamster nous projette à la poursuite d’une to do list et d’un futur idéal à atteindre. Sauf que la to do list ne finit jamais et que le futur idéal reste une quête sans fin. Concentrés ainsi dans ces tâches et ces objectifs, nous oublions totalement le présent et ce qu’il a à nous offrir.
S’ancrer dans le présent, c’est être capable de sentir (faire appel à ses sens) et ressentir (faire appel à ses émotions) ce qui se passe ici et maintenant. Et dans ces moments, on prend conscience des cadeaux de la vie : un diner avec les gens qu’on aime, un bon film au coin du feu, le chant des oiseaux, ou simplement le fait d’attendre au feu rouge, de respirer pleinement et de se savoir en bonne santé.
Le fait de ne plus être capable de s’arrêter nous coupe de ces moments d’observation et d’émerveillement. Mais à quoi cela sert-il de courir non stop dans sa roue d’hamster, entre autre, pour gagner sa vie, si ce n’est pas pour savoir en profiter dès maintenant. Car on ne sait jamais de quoi l’avenir est fait. C’est maintenant qu’il faut savoir en profiter. Plus tard ce sera peut être trop tard… c’est exactement ce que ces deux histoires racontent : La banque magique L’homme qui courait après sa chance

3/ Pour mieux repartir

Ce qui fait peur dans le fait de ralentir, voire de s’arrêter, c’est la crainte de perdre du temps et surtout, la crainte souvent inavoué que cela fasse émerger des questions auxquelles nous n’avons pas envie de nous confronter. Courir devient alors un prétexte pour ne pas avoir à se poser la moindre question. On se réfugie dans l’action et le quotidien qui nous paraissent plus rassurants. Et voilà comment on pédale 2 fois plus fort, sans vraiment savoir où on va et pourquoi on y va. S’arrêter permettrait de mieux cibler l’objectif et les moyens et alors de trouver des raccourcis. Un temps « perdu » en amont pour un gain de temps indéniable par la suite.
S’arrêter, c’est laisser de la place et donc du vide. Eléments indispensables pour laisser émerger de la nouveauté. C’est le principe même des processus de créativité. On ne peut pas être créatif si on coure non stop dans sa roue. On ne peut pas réfléchir à ses aspirations professionnelles si on ne s’accorde pas un peu de temps pour ça, on ne peut pas réussir un grand projet de transformation en entreprise, si on ne prend pas le temps nécessaire en amont etc…
La vraie question n’est donc pas de savoir comment vous pourriez vous libérer du temps, mais de comprendre pour quelles raisons vous ne vous accordez pas ce temps ? Quels bénéfices cachés avez-vous à rester courir dans votre petite roue d’hamster ? 

Regardez les personnes qui ont vécu un accident ou une maladie les ayant obligés à sortir de leur roue d’hamster. Certaines en ressortent profondément changées. Souvent les premières semaines ont été terribles. On se retrouve face à soi-même et il arrive qu’on ne soit pas toujours satisfait de ce que l’on voit. Mais si on décide de faire de cette épreuve une opportunité pour mieux repartir, alors la pause sera d’une puissance incroyable. Certaines personnes expriment même plus tard que cet accident n’était autre qu’un cadeau et un message de la  vie à réinvestir leur temps d’une manière beaucoup plus juste pour eux.

J’espère que ces quelques arguments vous permettront de voir les bénéfices à s’arrêter. Et si vous êtes encore en train de vous dire que vous voudriez bien, mais que vous ne pouvez pas parce que vous n’avez pas le temps, regardez cette vidéo de Et tout le monde s’en fout 😉

Bonne réappropriation de votre temps !
Marion OUDOT

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