« Soyez-vous-même, les autres sont déjà pris ». Cette phrase d’Oscar Wilde revient très souvent quand on parle de développement personnel. Elle est une invitation à s’assumer et s’aimer tels que nous sommes, à arrêter de vouloir ressembler et se conformer aux autres.

Mais je constate bien souvent avec les personnes que j’accompagne, que si, sur le principe, elles sont bien sûr d’accord, non seulement elles restent méfiantes sur le fait de pouvoir être profondément elles-mêmes dans un monde où nous sommes sans cesse jugés dès que nous sortons de la norme. Mais surtout, je vois nombre de personnes qui me disent qu’elles aimeraient bien être elles-mêmes mais encore faudrait-il qu’elles sachent qui elles sont.

Et oui, vaste question que celle de l’identité.

J’aurai envie de dire que c’est le travail d’une vie. Qui sommes-nous, c’est ce qu’on découvre au fur et à mesure en travaillant sur soi et comme le travail sur soi n’est jamais terminé, on peut découvrir des choses sur notre identité tout au long de notre vie. D’autre part, certains diront que notre identité est figée dans la mesure où elle est uniquement composée d’éléments stables nous concernant. Personnellement, j’ai un point de vue différent : certes, certains éléments sont stables, mais notre identité est aussi le fruit de nos expériences, de nos choix. Et ça, ça évolue continuellement. 

Mais alors comment savoir qui nous sommes ? Comment faire le tri entre ce qu’on a toujours pensé de nous-même et ce que nous serions réellement ? Comment faire le tri également entre ce que les autres ont toujours dit de nous et ce que nous sommes vraiment ?

Les étiquettes

Commençons par ces fameuses « étiquettes » que les autres nous collent, mais que nous nous collons aussi très souvent à nous-même :  « je ne suis pas créatif », « je suis maladroit », « je suis sensible », « je suis quelqu’un de direct », « je suis perfectionniste », « tu es gentil », « tu es méchant », « tu es tête en l’air », « tu es intelligent » etc

Nous usons et abusons du verbe ETRE.

Nous détestons ces étiquettes qui nous réduisent à 1 mot, mais nous passons notre temps à le faire envers nous-même dans nos dialogues internes et envers les autres dans nos dialogues externes.

C’est donc très humain. Mais très réducteur et au final assez destructeur.

C’est très humain car pour fonctionner de façon optimale notre cerveau fait des raccourcis. On sait bien que « avoir loupé quelque chose » et « être nul », ce n’est pas la même chose. Trouver que quelqu’un « agit avec froideur » et « est une personne froide », ce n’est pas la même chose. Pourtant, nous faisons ces raccourcis verbaux et ces jugements à longueur de temps. Ce qui n’est ni bon dans nos relations aux autres, ni dans notre relation avec nous-même, car cela nous amène nous forger des croyances parfois limitantes.

Nous sommes des êtres complets et complexes ; nous sommes toujours quelque chose et son inverse. Certes, je peux par exemple être qualifié d’hyper organisé au travail, et en même temps, je peux être tout à fait free style et bordélique dans ma vie personnelle.

Je peux être maladroite. Et en même temps, il y a heureusement plein de fois où je ne le suis pas.

Je peux être un peu cash dans ma communication. Et en même temps, il y a plein de fois où je sais mettre les formes.

Etc..

étiquettes

Donc l’usage du verbe ETRE est abusif et trompeur. Nous devrions plutôt parler de comportements. Ainsi, pour reprendre les exemples précédents, je dirais que j’ai très bien organisé telle chose, que j’ai fait preuve de maladresse l’autre jour à tel moment ou encore que j’ai utilisé une communication un peu trop cash avec telle personne tel jour.

Ça vous parait peut-être anodin comme différence. Mais quand ces formules avec le verbe ETRE sont utilisées constamment, croyez bien que ça rentre totalement dans notre tête. On finit bien par croire ETRE comme ci ou comme ça. On ne voit alors plus, tous les autres moments où on agit d’une autre façon. Et comme nous sommes soumis au biais de confirmation, notre cerveau ne va s’appesantir que sur les moments qui confirmerons bien ce que nous croyons être. Alors, quand ce qui suit le verbe ETRE est une qualité, pourquoi pas (même si nous verrons juste après que ça peut aussi poser problème), mais quand c’est un défaut ou une limite qui suit le verbe ETRE, c’est terrible.

Les feedbacks négatifs sur la personne devraient être interdits ! Malheureusement, nous le faisons très souvent, sans nous rendre compte de l’impact que cela peut avoir. « Tu es vraiment nul », « Tu es égoïste ».

Je suis horrifiée quand je vois ce qui est encore écrit sur des bulletins scolaires. Trop de formules visent la personne et non ses comportements. Voilà avec quoi nos enfants sont sensés se construire… Et ça continue ensuite en entreprise.  Tout ça est catastrophique en terme de confiance en soi.

Dans la série des étiquettes, il y a aussi tous les tests de personnalités que nous pouvons faire. En réalité, la majorité n’ont pas vocation à dire qui nous sommes, mais comment nous fonctionnons. Je vous en parlais notamment au sujet du DISC, outil d’analyse comportementale que j’utilise. Cependant, dans notre besoin naturel de simplifier et raccourcir, nous avons trop tendance à résumer les tests et à se définir par le résultat qu’ils donnent. On finit alors par entendre « moi je suis rouge », « moi je suis 7 », « moi je suis N ».

Non, notre identité ne se résume pas à une couleur, un chiffre, une lettre ! Car si je me définis désormais comme ça, je ne m’offre plus la possibilité d’être autre chose. Voir pour affirmer mon profil, je vais incarner encore plus ce que ce profil dit de moi. Car si je suis rouge et que j’ai un comportement de jaune, je trouble le portrait clair et net qu’on vient de me faire. Je ne suis plus là où les autres m’attendent. Alors, non je m’affiche encore plus clairement rouge, quitte à devenir une caricature du profil. Et comme c’est dans ma zone de confort, c’est facile pour moi. C’est là qu’on passe alors de l’étiquette au masque.

On arrive ainsi à l’inverse du développement personnel et du travail sur soi : on s’enferme dans un schéma préférentiel plutôt que de s’ouvrir à tous nos autres potentiels et ainsi gagner du choix et de la flexibilité dans nos comportements.

Bref, vous voyez bien que toutes ces étiquettes nous enferment.

Alors, si vous avez envie de mieux vous connaitre, commencez déjà par prêter attention à toutes les fois où vous utilisez à votre égard une formule avec le verbe Etre. Et essayez ensuite de le transformer en comportements.

Par exemple, je ne suis pas fumeur. Je fume. Car si vous dites à tout bout de champ que vous êtes fumeur mais que vous essayez d’arrêter, j’ai malheureusement peu d’espoir sur le fait que vous y parveniez tant que vous assimilez votre identité au fait de fumer. Inconsciemment, c’est une angoisse terrible : qui serez vous demain si vous ne fumez plus  ?

Autre exemple, je ne suis pas coach. J’exerce le métier de coach. Déjà ça me laisse la possibilité de faire plus de chose. Et d’autre part, si pour x raisons, demain je devais arrêter ce métier, je serai encore quelqu’un. J’ai malheureusement appris cela à mes dépens lorsque j’ai fait un burnout et que j’avais le sentiment de n’être plus personne.

Encore une fois, ça peut paraitre anodin, mais vous n’imaginez pas à quel point cela a de l’impact sur nous.

Ainsi, une personne me confiait ne plus savoir comment se présenter. Elle venait de quitter son job pour se lancer dans sa propre activité. C’était donc son choix. Et elle était totalement à l’aise avec. Mais, elle n’était pas à l’aise avec le fait de se présenter comme chômeur. Pour elle, la logique restait la même : avant, elle était styliste. Maintenant, elle est chômeuse. Mais ce n’est pas une identité qui lui plait. Or si elle avait l’habitude de parler en terme de comportements, elle dirait qu’avant elle créait des vêtements et qu’aujourd’hui, elle travaille sur un nouveau projet.

En bref, à force de nous coller des étiquettes et dire que nous sommes comme ci ou comme cela, nous finissons par nous y accrocher, que ces étiquettes soient positives ou négatives.

Citation Jean Paul Sartre

Cela conduit à 2 choses :

 

  • Nous cultivons de la honte quand nous agissons autrement que ce qu’on attend de nous. Ainsi, quelqu’un qu’on dit être drôle, se sent obligé d’être un bout en train et d’avoir toujours le bon mot. Dans les moments où il se sent moins d’humeur joyeuse (ce qui est juste humain et normal), il va avoir tendance à se refermer sur lui-même et ne pas aller voir les autres car il sait qu’il ne pourra pas correspondre à ce qu’on attend de lui. C’est en ce sens que même les feedbacks positifs sur la personne sont à manier avec précaution. Ainsi, quelqu’un qu’on qualifie de très intelligent, va potentiellement avoir peur de prendre la parole et de dire des bêtises (ce qui encore une fois arrive à tout le monde). Quelqu’un qu’on qualifie de brillant va avoir peur de l’échec et potentiellement développer un syndrome de l’imposteur, car lui, il voit toutes les fois où il ne brille pas tant que ça. Quelqu’un qu’on qualifie de beau va avoir peur que sa beauté se fane et potentiellement pourra avoir recours à tous les artifices possibles etc.. Bref, nous n’aimons pas la partie contraire de notre étiquette alors qu’elle est normal et fait de nous des êtres humains. Pour en savoir +, voir l’article mieux vaut être complet que parfait.
  • Enfin, quand on s’accroche à notre étiquette, on ne se laisse plus l’opportunité d’être autre chose. D’ailleurs, on utilise cet argument quand on ne veut pas changer : « qu’est-ce que tu veux, je suis quelqu’un d’indécis, c’est comme ça ». Sous-entendu, ça ne peut pas être autrement. Ça ne sert à rien que je fasse un quelconque effort pour changer. D’autres fois, nous érigeons ces phrases sans nous rendre compte qu’elle nous bloque. « Je ne suis pas creatif ». Mais bien sûr que si ; je mets ma main au feu qu’au moins 1 fois dans ta vie tu as su faire preuve de créativité, alors pourquoi tu ne saurais pas le refaire ? Mais on l’affirme et comme ça, c’est dit, plus personne n’attend ça de nous. On laisse la place du créatif à quelqu’un d’autre. Nous, on va par exemple, être l’organisateur. Et comme dans un système, naturellement, chacun a sa place bien définie, on reste bien dans son rôle. Même si on peut dès fois s’en plaindre. Même si on peut par exemple avoir des idées. Pour être sûr de conserver notre place dans le groupe (le groupe pouvant être la famille, un cercle d’amis, une équipe sportive, une équipe au travail..),on se conforme à notre rôle. On peut même forcer le trait, histoire d’être bien sûr d’être utile et visible aux yeux des autres et que personne ne puisse rivaliser avec nous pour prendre notre place.  C’est ainsi que nous finissons par porter des masques

Les masques

Nous mettons des masques pour 2 grandes raisons :

  • d’abord, comme je l’expliquais juste avant, parce qu’on a besoin de trouver notre place auprès du système dans lequel on évolue (famille, amis, travail) et que le moyen le plus simple d’y arriver est de mettre en avant une particularité, un savoir-faire que nous maitrisons et dont le collectif a besoin. Ainsi, nous nous assurons d’avoir notre place dans le groupe, d’être utile et reconnu. Nous faisons alors tout notre possible pour coller au mieux à ce rôle, quitte à porter un masque pour bien accentuer ce trait et éviter que tout autre chose de nous s’exprime ; C’est ce qui explique par exemple que des frères et soeurs, pourtant élevés de la même façon, se comportent de façon très différente.

 

  • ensuite, comme le montre ce schéma, nous développons des masques pour cacher les parties de nous que nous n’aimons pas.

Par exemple, je n’aime pas mes moments où je suis triste, un peu déprimé. Alors, je vais mettre le masque de la joie et la bonne humeur.

Moi prétendu avec mon masque = être toujours dans la joie et la bonne humeur

Moi redouté = être dépressive

Moi authentique = un être humain « normal » avec des moments de joie et des moments de mélancolie.

Et l’on fait cela sur plein d’autres aspects :

Je n’aime pas les moments où je fais des erreurs. Alors je vais mettre le masque de la perfection.

Je n’aime pas les moments où je n’ai rien envie de faire. Alors, je vais cacher ce trait de caractère de fainentise et je vais mettre le masque de la personne hyper active. Etc…

Nous faisons tous cela. Mais les conséquences sont terribles car :

  • Plus on met de masques plus il devient difficile de les enlever. Car comme expliqué avec les étiquettes, on ne correspondrait alors plus à ce que les autres attendent de nous
  • Plus on met de masques et plus on cultive de l’aversion à ce qu’on croit être réellement. Sauf qu’on se trompe. On a tendance à croire que notre « vrai moi » est le moi redouté, alors qu’en réalité notre « vrai moi » est le « moi authentique »
  • Résultat on préfère 100 fois garder ces masques qui parfois nous étouffent plutôt que de prendre le risque de décevoir les autres et mettre au grand jour des parties de nous-même que nous n’aimons pas. C’est par exemple ce que vivent les personnes souffrant du syndrome de l’imposteur. Ce qui ne nous aide pas à nous aimer et à cultiver une bonne estime de nous-même. 
  • Enfin, à force de porter ces masques, certains nous collent tellement à la peau, que nous sommes convaincus que c’est nous. Or, ce n’est pas forcément le cas.

Et voilà comment on finit par se couper de nous-même.

Comment se connaitre au-delà de nos masques et étiquettes ?

Chercher à se connaitre, c’est identifier ses masques et oser les enlever pour découvrir que ce moi redouté n’est pas si horrible que ça. Et que surtout, ce n’est pas lui qui nous défini. Car derrière ce moi redouté, il y a le moi authentique. 

Pour identifier nos masques, le plus simple est de noter les qualificatifs que les autres aiment bien nous donner. « toi, tu es le rigolo de la bande », « toi, tu es l’organisé » etc…

Citation Robert Bly

Pour reprendre les termes de Robert Bly dans la citation juste au dessus, dans ce cas, il est fort probable qu’on ait mis dans « notre sac à déchets », la tristesse pour le premier et le laisser-faire pour le second.

Retourner dans son sac à déchets et accepter ces parties de nous n’est pas un exercice évident. Ce n’est pas par hasard que nous avons rejeté ces parties de nous. Cela demande donc beaucoup de courage. Mais en réalité, on découvre que ce que nous avons rejeté de nous n’étais pas si horrible que ça.

Comme l’indique également la citation de Robert Bly, c’est souvent un travail que nous allons faire entre 30 et 40ans. C’est ce qu’on appelle une transition de vie. Après avoir passé les 30 ou 40 premières années de notre vie à FAIRE ce qu’on attendait de nous, à AVOIR ce qui nous paraissait important de posséder pour valoriser qui nous étions, nous aspirons à simplement ETRE qui nous sommes. C’est typiquement pour cette raison que beaucoup de personnes font des reconversions professionnelles dans cette tranche d’âge. Après avoir exercé pendant 10 ou 20ans le métier qu’on attendait de nous, on commence à s’écouter et à avoir donc envie d’autre chose  (pour en savoir +, découvrez le podcast du Cocon et d’Eclorescence sur l’IKIGAI).

En réalité, nous savons globalement qui nous sommes. Nous le pressentons souvent. Nous voyons bien les moments où nous avons l’impression d’être complètement nous-même, détendus, relâchés, où nous ne jouons pas un rôle, et les moments où nous n’avons pas le sentiment d’être à notre place, où nous passons plus de temps et d’énergie à nous assurer de correspondre à ce qu’on attend de nous, plutôt que d’être simplement qui nous sommes.

Notre peur la plus profonde est d’être rejeté par les autres. Ne pas être aimé. Si nous ne sommes pas aimés avec nos masques et nos étiquettes, ce n’est pas agréable, mais on se protège inconsciemment en se disant que ce n’est pas vraiment nous. Mais comment pourrait-on accepter d’être rejeté lorsque nous nous montrons tel que nous sommes profondément ? C’est souvent ça qui est particulièrement angoissant.

Pour être passée par là, il y a 3 choses que j’ai comprises :

  • D’une part, on découvre que la majorité des personnes aiment encore plus notre version authentique. Car comme on ôte nos masques, on arrête d’être une caricature de ci ou de ça. On se montre plus humain, plus « normal », plus accessible aux autres. Et en plus, on leur envoie également inconsciemment un message précieux « toi aussi tu peux faire tomber les masques » ;
  • D’autre part, on accepte aussi qu’on ne plaira pas à tout le monde. Et est-ce que c’est grave ? Est-ce que nous, on aime tout le monde ? Non, bien sûr. Mais ceux qui nous apprécient pour ce que nous sommes profondément nous remplissent 100 fois plus de joie que lorsqu’on se présentait à eux avec nos masques. Ce qui compensent bien largement ;
  • Enfin, même avec nos masques, on ne faisait pas l’unanimité. Alors, autant les enlever

Peut-être qu’en arrivant à ce stade de la lecture, vous vous direz OK, mais je ne sais toujours pas qui je suis ?

Ce n’est pas à moi ni à quiconque de déterminer qui vous êtes. Vous seul le savez.

Je peux juste vous dire que tant que vous chercherez à vous définir avec 3, 4 mots, vous louperez l’essentiel. Et tant que vous vous définirez à travers le regard des autres, vous risquez aussi de passer à côté de vous-même, comme le raconte cette petite histoire Je suis moi.

Citation Camus

Personnellement, je pense savoir qui je suis non pas parce que je sais répondre facilement à cette question, mais parce que je n’ai plus besoin de me poser cette question pour me sentir alignée avec ce que je fais.

Ce qui est sûr, c’est que vous êtes plus qu’une liste d’étiquettes et de masques. Vous êtes le fruit de votre histoire et le germe de votre futur. Vous êtes une chose et aussi son contraire. Vous êtes ce que vous vous êtes laissés être jusqu’à aujourd’hui et vous serez ce que vous aurez envie d’être demain.

La question n’est finalement pas qui vous êtes, mais qui vous avez envie de devenir. Et quels comportements vous allez adopter pour incarner au mieux cette identité souhaitée 😉

Marion

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